Michel Lancelot du 29 novembre au 20 décembre 2012


Michel Lancelot du 29 novembre au 20 décembre 2012

« Depuis près de 30 ans je dessine, grave et peins des séries sur du papier récupéré. Plutôt que de travailler sur toile ou du papier vierge, j’utilise des papiers déjà imprimés. Des textes et des images servent d’ arrière-plans à mes dessins. Les séries de dessins sont composées sur de très grandes affiches de centres commerciaux, sur des photos de visages d’artistes, sur 60 gravures religieuses de 1906, ainsi que sur des documents représentant des costumes de toréadors. »

Carton d’invitation (pdf, 205K)

Une inscription, un graphe dans les formes de la temporalité : telle pourrait être une caractérisation de l’œuvre de Michel Lancelot. Cela tient d’abordà la maîtrise éclairée de différentes techniques : aquatinte, lithographie, eau-forte, pratiques qui s’entrecroisent, qui s’éclairent et fournissent d’inépuisables possibles. Au fil d’une vie d’expérimentation et de travail, les apprentissages se transforment en une tranquille assurance qui permet d’ouvrir d’autres chemins pour la création. L’artiste fut aussi enseignant, et cette profession qui exprime entre autres la volonté d’être un passeur, de transmettre un savoir qui est surtout un héritage, confère aussi une texture particulière à la recherche artistique. Le versant intuitif, la spontanéité du geste doit se décomposer pour être saisie; à la limite, il faut revenir à l’aube des apprentissages pour les re-connaître. Cette dichotomie de l’analyse et de l’intuition forme le pôle dynamique dans lequel, aujourd’hui affranchi de l’enseignement, il se meut encore.

Une temporalité qui est aussi conservation et valorisation, car Michel Lancelot investit dans ses  récents travaux des cartes géographiques tirées de vieux almanachs, des gravures d’Hokusai extirpées de beaux livres sur l’art, des trouvailles en grand format aux couleurs surannées. Ces  supports sur lesquels s’effectue le travail sont choisis non seulement pour les qualités inhérentes à la matière, mais aussi et surtout pour la beauté des gravures, du dessin, des coloris et des moments de l’histoire qu’ils représentent. L’intervention n’est jamais passéiste, ni la création aliénée, il s’agit plutôt d’un hommage et d’une façon de créerun dialogue fécond entre l’artiste et cette riche matière venue du passé.

Michel Lancelot pose sur cela des formes végétales, animales et humanoïdes qui forment des compositions où l’équilibre et la cohérence sont constants. Il y a parfois émergence d’un petit théâtre, parfois aussi quelques traits dessinent-ils un visage, ébauchent un sourire narquois, tracent un œil malicieux, toutefois la figuration ne porte pas un message, demeurant lié à des réquisits qui font plutôt écho à l’abstraction géométrique. Sous l’encre noire comme sous les carmin, citron ou azur, il est possible de  distinguer les fonds ouvragés, les formes créées par l’artiste ouvrent là-dessus des fenêtres à ces anciennes harmonies. Ce sont les signes d’une appréciation très sentie envers des qualités de savoir-faire et de remarquables ouvrages du passé. Par ailleurs, une vie bien réelle et une ironie bienveillante imprègnent ce travail,  et cela laisse l’impression d’une sorte d’allégresse, d’une célébration esthétique épurée de contenu doctrinal.

Voici une mince inscription dans le corps même de la démarche de l’artiste, un temps saisi dans l’ensemble d’un travail de création foisonnant qui s’étend maintenant sur des décennies. Ce qui était est encore et demeurera : une recherche heureusement sans fin poussée toujours plus avant par une passion pour les techniques de gravure, de dessin, de peinture. Un dialogue médiatisé par des créatures et des créations que l’on reconnaît immédiatement; elles composent le délicat paraphe de Michel Lancelot dans l’histoire de l’art.